Marilyne

En piste !

Un coup, deux coups, trois coups, levez le rideau ! Sur le festival d’Avignon et son effervescence contagieuse, sur ses comédiens, acteurs sur les planches et ambassadeurs de leurs spectacles sur l’asphalte, sur ses badauds dont le regard rebondit d’une affiche à l’autre tant la ville en est recouverte. Comme un petit air de campagne électorale, laissez-vous séduire par une promesse d’éclats de rires, un slogan accrocheur ou encore un programme pas toujours classique !

Amis de l’environnement, passez en revanche votre chemin, le sol est jonché de prospectus négligemment abandonnés par des passants dédaigneux à l’agenda déjà bien rempli, les murs placardés jusqu’au moindre centimètre carré et les poubelles débordent comme des urnes intentionnellement bourrées. Il n’est pas rare de voir un panneau s’affaisser et heurter la tête d’un spectateur toujours en retard pour la prochaine représentation.

La loi de la concurrence est aussi rude que sur n’importe quel autre marché. Alors, pour se distinguer, certains impriment leurs tracts sur des rouleaux de papier toilette distribués devant la supérette du coin (pas le plus vendeur), d’autres sur des sacs à vomis (on écoutera ici des chansons françaises cuisinées à la sauce « de droite »), des femmes-pancartes se serrent à deux dans une baignoire, un faux cardinal persifle sur le pouvoir temporel (et son représentant actuel), un homme balade son piano…

Espoirs des jeunes pousses, rampe de lancement de talents encore ignorés du public (non averti), le festival est le cadre de toutes les extravagances, autorisées voire encouragées dans leurs formes les plus outrageusement délicieuses.

Mais halte à la culture en ce dimanche 15 juillet, le marathon du théâtre s’interrompt pour laisser place à la finale de la coupe du monde qui met à l’honneur la France et la Croatie. Difficile de se frayer un chemin parmi la foule en cette heure tardive de l’après-midi, ce sera donc un bout de terrasse, un petit écran s’éteignant intempestivement et pas de son autre que celui des cigales très inspirées par les phases de jeux.

A peine la victoire saluée, il est temps de reprendre sa course effrénée vers les salles obscures. Le choix se portera sur Lysistrata, Faisons la grève du sexe (non pas une injonction syndicale mais une comédie antique d’Aristophane) ici passée à la moulinette d’une interprétation contemporaine tout en légèreté.

Des spectacles vus, une dizaine au total, je retiendrai Journal d’un fou, Le Projet Poutine, Nasreddine Hodja et La plume de Groucho.