Changement de plans

L’arithmétique du calendrier est formelle. Il me reste environ 7 semaines pour parcourir Istanbul – Bandar Abbas. L’arithmétique cartographique l’est tout autant. Plus de 4000 kilomètres et des portions relevées comprenant de gros dénivelés positifs ainsi que l’assurance de trouver la neige sur mon chemin. Dans ces circonstances, cette dernière étape tient davantage de l’épreuve d’endurance que d’un périple motivé par la curiosité. Il faudra prendre au plus court. Longer la Mer Noire sur plusieurs milliers de kilomètres et m’astreindre à traverser des paysages similaires alors même qu’en décrochant de quelques centaines de kilomètres dans les montagnes plus au sud, j’aurais pu voir les cheminées de Cappadoce et les sites archéologiques de tous les peuples qui se sont installés et ont façonné ce territoire stratégique entre Europe et Asie. Foncer en maintenant le cap. M’arrêter seulement pour dormir et reprendre des forces… en prenant à peine le temps de découvrir des villes mythiques comme Ispahan et Chiraz. Pédaler la boule au ventre en me demandant si je serai à l’heure pour embarquer à Bandar Abbas… On est bien loin du sens premier de ce voyage où se perdre et faire des détours pour visiter, discuter et profiter des paysages étaient presque une règle d’or. Bref, Il me faut donc prendre cette décision pénible : renoncer à l’Iran qui était pourtant l’un des pays que je désirais le plus traverser pendant ce voyage pour ne pas saccager cette chance incroyable, cette exceptionnelle expérience de liberté.

Ce fut décidé à Istanbul avec force grimaces en discutant avec Marilyne, confirmé avec Kerem, mon hôte turc qui m’accueillait quelques jours après que Marilyne soit repartie, au-dessus d’une carte dépliée de la Turquie et mûri en terrasse un verre de çay à la main.

Je renonce donc à l’Iran mais pas à l’essence de ce voyage. Ces 7 prochaines semaines, je roulerai sur les routes d’un pays qui a connu la Guerre de Troyes, les conquêtes d’Alexandre le Grand et de Tamerlan et le règne des sultans ottomans. Un pays étonnant où l’art de vivre et l’hospitalité ne font pas craindre la disette, la solitude ni l’insécurité. « Un vrai pays de cocagne » comme ne cesse de me le répéter Marilyne. Faire moins et mieux pour revenir chez soi avec la satisfaction de ramener en soute des cargaisons de bons souvenirs qui nourrirront pour longtemps mon quotidien en France et certainement de prochains départs. Mais, la route m’attend déjà et c’est preque un nouveau voyage qui commence !

L’itinéraire grossier que je me suis tracé part d’Istanbul, s’enfonce dans l’intérieur du pays en suivant les villes de Bursa, Eskişehir et Ankara avant de remonter vers la Mer Noire que je longerai sur 400 km puis redescend vers le sud en passant par la Cappadoce. Je longerai ensuite la côte meditérannéenne depuis Antalya jusqu’à… Istanbul.

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