Élan, y es-tu ?

Oui certainement. Ils étaient là. Assoupis dans la mousse à l’ombre des connifères ou tapis, immobiles, leur pelage se confondant avec les rochers et les troncs de bouleaux. Peut-être même qu’ils ont vu ce cycliste qui tournait frénétiquement la tête d’un côté puis de l’autre de la route sans même se douter qu’il était à leur recherche. Peut-être donc qu’ils m’ont regardé comme une vache regarde un train passé : un divertissement très succint entre deux mastiquations de fougères… (Est ce que les vaches regardant un train passé, et par analogie les élans regardant les cyclistes, ressentent de vagues envies d’ailleurs… est une question qui ne sera pas abordée ici).

Dans ma recherche, j’ai questionné quelques Suèdois. Tous m’ont confirmé que les élans étaient très nombreux dans les régions traversées. Ils m’ont souligné la difficulté de les apercevoir en temps normal et peut-être encore plus en cette période de canicule. On suppose qu’ils restent assez inactifs en journée et ne sortent qu’à l’aube ou au crépuscule et le plus souvent à proximité des plans d’eau. J’ai beaucoup espéré en roulant le soir entre 20h00 et 21h00 qu’un élan traverserait la route devant moi. Mais non… Seuls deux sangliers m’ont grillé la priorité de cette façon. Ce qui m’amène à cette anecdote sympathique qui m’avait beaucoup fait sourire intérieurement : lors d’une pause café, la gérante de l’établissement m’avait très sérieusement mis en garde contre le « cochon sauvage » en me conseillant de grimper promptement dans un arbre… Si ma franchise égalait ma prétention, je lui aurais répondu « Non vraiment, ma bonne dame, désolé mais ce genre de comportement très peu pour moi v’voyez. Libre à vous. Moi, j’ai ma wildness credibility*. »

* néologisme de mon invention détourné de l’expression « street credibility » (abrégé « street cred ») qui désigne dans la culture rap – hip-hop « le respect du à une personne en raison de son expérience de la rue » (Urban dictionnary. Voir aussi les Mots du bitume pour les citations savoureuses). « Wildness credibility » (proposition d’abréviation « wild cred ») désignerait ainsi « le respect du à une personne en raison de son expérience de la nature et de la vie sauvage ».

Image ci-dessus : un panneau avertissant de la traversée fréquente d’élans sur une route à 200 kilomètres au sud de Stockholm. Lorsque l’on passe le permis de conduire en Suède, on apprend à réagir lors de la traversée d’élans. Si l’on ne peut pas l’éviter, il est conseillé de le buter dans l’arrière train, moins haut que l’avant de l’animal, de façon à ne pas être écrasé par la chute de l’animal… Cela paraît surréaliste !

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